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Transport commun (#2.a)

jeudi 9 janvier 2014, par matthieu guérin

1.

Il fait jour et la neige tombe toujours sur cette ville qu’il n’arrive pas à reconnaître comme la sienne. Cette ville qui reste froide en sa présence. D’ailleurs, ça n’est plus vraiment de la neige, maintenant. Elle est déjà presque fondue à quelques mètres du sol et elle l’est totalement quand elle touche le sol. Elle mouille tout. Elle mouille le trottoir, elle mouille la chaussée et la tranchée que les ouvriers y ont faite pour installer un tramway. C’est sale. boueux.

Il relève la tête et regarde autour de lui. sans voir. Le sang bat dans ses oreilles à un rythme affolé et ce bruit l’assourdit. le rend aveugle. Il reste. Là. Immobile. Il doit prendre le temps de chasser le bus. le bus. Et sa foule. organique.

2.

Quelques instants encore et son rythme cardiaque va se calmer. Il n’entendra plus le sang qui bat. Le bruit. Dans ses oreilles. Ce n’est pas qu’il ne sera plus là, c’est que les autres bruits vont prendre le dessus. S’imposer. La ville va s’imposer, l’obliger à être avec elle. C’est comme ça, souvent. Le bruit. dehors.

Tout-à-coup, il voit la boue, la tranchée. D’autres images viennent se superposer à la réalité et l’éloignent un instant encore de cette ville. c’est une image. cette ville.

De l’autre côté de la tranchée, il essaie de voir la rue qu’il doit descendre pendant huit minutes avant de tourner à droite. Boulevard de la Liberté. Il a presque envie de sourire. C’est pour ça qu’il est là. la liberté et sourire. Mais c’est encore difficile. Il ne sait pas cependant lequel des deux est le plus difficile. sera.

3.

Il regarde par terre. Ses pieds. Devant ses pieds. Devant. Il se concentre sur ce qui apparaît dans son champ de vision. Ses pieds. Ses baskets. Devant ses baskets. Le bord du trottoir. Flou à force d’être sali par des semelles boueuses d’être passée trop proche de la tranchée du futur tramway. Des jambes sans tronc passent autour de lui sans le heurter, sans le frôler. sans l’approcher, même. Sans.

Il baisse les yeux, les ferme un instant, se concentre, les rouvre.

Ses baskets à lui ne sont pas encore boueuses. C’est peut-être ça qui leurs manque. la boue. La boue de cette ville sur ses baskets c’est peut-être ça qui le rapprochera d’elle. Qui le fera entrer dans son décors. Une fois encore sa gorge se sert, il y a comme une bulle qui monte et voudrait éclater dans sa bouche. Il sert les dents. Déglutit.

Il relève la tête, ses yeux balaient le passage piéton et il fixe la rue qu’il va emprunter qui descend en face de lui.

Le feu passe au vert pour les piétons. Certains avaient déjà commencé à traverser, d’autres ne se pressent pas. Ça ne fait pas un groupe compact qui s’élance, comme on pourrait croire. Ça fait plutôt un flux vaguement continu. Ou spasmodique.

4.

Dix minutes à pieds. Ça fait huit minutes pour descendre la rue puis il prendra à droite puis encore deux minutes et il sera devant le lycée. En retard, certainement. Mais il ne va pas courir. Peut-être même que le trajet durera plus de dix minutes ; de toute façon s’il est en retard ils ne le laisseront pas aller en cours.