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Il, et le père (#1)

lundi 7 octobre 2013, par matthieu guérin

Hall. Sous un puits de lumière. Magma de sons. Du bruit. qui perturbe la compréhension. Le signal.

Puis il est dans un escalier. Frottements. Simple moment de transfert. pour tout le monde. Aucun son de voix. juste de frottements. Bruit des pantalons, des jupes, robes, des manches. Moment de relâchement. car ici il n’y a rien à voir. Pas de photos à prendre. Pas de comptes à rendre au retour. Tout le monde est soulagé.

Il surgit dans une galerie vide. Vide de visiteurs évidemment. Elle est pleine de matériaux sculptés. ou taillés. Pierre, plâtre, bois. Il ne sait pas. Il n’en sait rien et ne cherche pas vraiment à savoir. Il regarde. Ne voit rien. mais il entend.
Quatre pieds qui traînent par là-bas. Pas vraiment lentement, ni rapides non plus. Des pieds qui sont là par devoir. Pour dire. J’y suis allé. J’ai vu.
Un peu plus à droite, toujours personne en vue, mais une série de déclics caractéristiques d’un appareil photo reflex. Trop irrégulier pour une prise de vue en rafale automatique. Il connaît ; il en est sûr. Plutôt quelqu’un qui appuie sur le déclencheur en faisant quelques menus réglages rapidement à chaque fois. Vraisemblablement le photographe s’acharne. Il doit savoir. Savoir ce que lui ne sait pas. Où est l’œuvre.

Un groupe entre. Pas de course pour les premiers, un peu traînant pour les derniers. Ils ressortent à l’autre bout sans s’arrêter.
Un autre groupe fait la même chose dans l’autre sens.
Peut-être est-ce le même ? Il se dit que ça serait amusant. Il se dit aussi que les groupes se déplacent comme un fluide corporel. Les salles-ventricules pompent et recrachent les visiteurs inlassablement et mécaniquement. Reste-t-il des vivants ?

Il est à nouveau dans un escalier. Seul. comme à chaque fois. Clameur lointaine et chocs sonores. Des sons familiers. Il ne réalise pas tout de suite qu’il s’agit d’un bruit d’assiettes. trop improbable. Il ne trouvera jamais le restaurant.

Une nouvelle salle. Spacieuse cette fois. Toujours ce bruit confus, impalpable. Bruit des groupes, bruit des couples et des solitaires. Raclements, froissements, murmures. ça s’additionnent et ça enfle pour devenir cette clameur. Au milieu, deux esclaves nus, musclés et blancs restent impassibles dans des poses de bodybuilders, essuyant les flashs des spectateurs nécessairement ébahis.
Devant lui, les gens défilent. Une femme ente deux âges passe, s’arrête un instant, murmure et continue. Elle a un minuscule micro et brandit un parapluie rouge fermé. Elle ne regarde pas l’esclave. Elle ne regarde rien.
Il pense au poison-qui-rend-fou. dans un album de Tintin. Les Cigares du Pharaon, peut-être.
Un groupe suit la femme, écouteurs sur les oreilles. Raclements à nouveau, froissement des blousons en nylon, murmures encore. Il en soupçonne certains de ne même pas s’arrêter.
Plus loin, devant les caméras, les appareils photos et les smartphones brandis, Psyché continue d’être ranimée par le baiser de l’Amour.
C’est l’heure.
Il avise un plan. Un plan du musée. il est dans un musée.
Vous êtes ici. Merci. C’est rassurant. Sur le plan, il est au milieu d’un espace blanc et silencieux.
Ce qui le rassure c’est que cet espace est connu, localisé et cartographié.
C’est une légende.

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