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Il est le père (#3)

samedi 5 avril 2014, par matthieu guérin

Les enfants sont couchés depuis une heure déjà. L’appartement est silencieux. Troublé juste par le son de la télévision mis en sourdine pendant qu’ils sont chacun sur un ordinateur et par les bruit de l’immeuble qui s’apprête à s’endormir. De temps en temps on entend le bruit de la machinerie de l’ascenseur qui est juste au dessus de leur appartement. Quelque part un objet tombe et roule. et son bruit est répercuté loin par la dalle de béton. Impossible de savoir dans quel appartement l’incident s’est déroulé.

La nuit est tombée à peu près le moment où ils ont couché les enfants. Souvent ils ont dîné en même temps que les enfants. Il leur reste la soirée de libre. Alors ils regardent un peu la télévision. ensemble. Ou vaquent à leurs occupations informatiques chacun de leur côté. Dans la même pièce cependant. pour être ensemble. Pour discuter un peu parfois. des enfants souvent. Mais généralement c’est le silence reposant qu’ils laissent s’installer.

Quand ils décident que le moment d’aller se coucher eux aussi est venu il peut s’adonner à un plaisir simple et personnel. il ferme les volets. il ouvre la fenêtre sur le vide du noir nocturne de la ville. C’est comme quand il ouvre les yeux dans le noir quand il est couché. Il n’y a rien et tout à la fois. Le silence fait du bruit et le vide est rempli d’images. Leur concomitance n’est pas certaine, d’ailleurs. Il ouvre la fenêtre sur le vide du noir nocturne de la ville et fait un pas sur le balcon. Il ne regarde pas la rambarde mais regarde au loin parce qu’il a la chance de ne pas avoir d’immeuble en vis-à-vis. il porte son regard plus loin pour voir les phares des voitures et la lumière des réverbères qui restent allumés toute la nuit. Parce qu’il est en ville. Il écoute la nuit qui ronfle. Il imagine qu’il voit la courbure de la terre - et il la voit effectivement à force ! et se sent petit. Se sent faire partie d’un tout et l’embrasse d’un regard. Vertige rassurant. Bon marché et renouvelable à l’envie. Se sent battre de la palpitation d’une humanité. Il est. un homme.

Puis il baisse les yeux et balaye du regard les immeubles en contre-bas. Sombres ils ne sont pas éclairés. Leur lumière vient de l’intérieur. Comme autant de vivariums opaques qu’on aurait percé de petits trous pour observer la vie à l’intérieur. Il sait qu’à chaque fenêtre éclairée correspond une vie. La vie d’un homme d’une femme de leurs enfants avec tout ce qu’elle peut comporter de vivant. de pulsions de fatigue d’inquiétudes d’euphorie. Alors il ferme les yeux et s’imagine regardant dans son appartement depuis l’extérieur de la fenêtre. Il ferme les yeux et regarde. Vite cependant il va les ouvrir à nouveau de peur d’explorer plus avant la vanité.

Il préfère ouvrir les yeux et continuer de voir la vie des autres dans leurs vivariums. Il se sent gonflé de la force de celui qui sait. qui sait ce que les autres ne savent pas. il croit.

Il est. un homme encore.

Alors il ferme les volets en retenant les battant pour qu’ils ne claquent pas et ne réveillent pas les enfants. Ça serait dommage. Et il n’a pas envie d’avoir à affronter leurs cris d’enfants ensommeillés réveillés en sursaut. de faire le père.
Puis il ferme la fenêtre doucement et tourne la poignée pour être sûr que pas un bruit ni un souffle d’air ne passent. Il tire les rideaux. Protégé par ces trois épaisseurs il peut se coucher et n’avoir à affronter que le noir de la chambre. et son silence. n’avoir à affronter que sa nuit. Il dort. Comme. un homme.

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