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Il est le père (#4)

mardi 15 avril 2014, par matthieu guérin

Il a toujours le doigt sur la souris et la décision ne vient pas.

Maintenant il est en vacances. Alors il s’autorise à prendre le temps. Le temps de ne rien faire. d’autre que de trier des photos. Vieilles. Un peu. Quelques mois. un an.
Elles sont dans des pochettes. Parce qu’il est encore à prendre des photos en argentique. Pas moyen de passer au numérique. Il ne peut s’y résoudre. C’est comme abandonner tout un pan de sa vie. de sa formation.
Un vie où on peut toucher les souvenirs. Pas juste les faire défiler sur un écran. virtuels.

Il trouve une pochette. La feuillette. sur les photos, sa fille. Sur la plage en manteau. Il fait froid. Son fils aussi. Petit. Dans les bras de sa mère. Les souvenirs affluent de cette semaine de vacances à la mer. hors du temps. C’est amusant parce que justement ils repartent en vacances dans quelques jours. Dans un endroit similaire. De grandes plages vides. Un endroit où ils peuvent laisser les enfants libres de leurs mouvements.
Ils ont grandi. Un peu. Maintenant ils savent tous les deux marcher. Ils chahutent. Le deuxième n’est plus vraiment un bébé mais pas encore un petit garçon. La grande est une vraie petit fille. depuis qu’elle va à l’école. Les discutions ne sont plus les mêmes.

Il voit la photo qu’il a osé faire. Le cliché. La carte postale. Sur le morceau de carton on voit une petite fille de dos sur un ponton un sac à la main face à la mer. On pourrait croire que c’est dangereux. Qu’elle est seule. Lui il sait qu’en fait il y a la plage en dessous à quelques centimètres et que le moment où elle était seule n’a duré que quelques secondes. L’instant n’a pas vraiment existé et pourtant c’est celui qui est fixé sur la photographie. Il est beau comme sur une carte postale (noir et blanc de surcroît) mais le souvenir est fabriqué. C’est celui que l’on verra, pourtant. Dont on se souviendra.

Ça l’embête de se souvenir de ses enfants comme cela. de situations fausses. Et en même temps il est fier de sa photo. Il est rare qu’il réussisse à être fier de ses photos. Quoiqu’un peu cliché, elle pourrait trouver sa place ans une exposition. Il y un public pour ça. Il est content aussi de faire coller la réalité à la fiction. Victime des réseaux sociaux où l’on romance sa vie.

La photo n’ira pas plus loin cependant. Il la remet dans la pochette. Il va continuer à vivre avec le souvenir de cette photo qui montre un souvenir fabriqué mais envié. Peut-être même que la photo n’est pas telle qu’il s’en souvient. Peut-être est-elle plus proche de la réalité qu’il ne veut bien l’admettre.

Qu’importe. Ils repartent en vacances et il tentera de faire de nouvelles photos. Jamais cependant il ne s’approchera autant de son imaginaire ni de la sérénité qui s’en dégage.

Il est. père de famille.

Alors il prépare les sacs. et veut rester dans les faits. les gestes. Se rappeler juste les cris. Les rires. Les jeux. Ceux d’il y a cinq minutes.

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