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face immeuble

jeudi 17 avril 2014, par matthieu guérin

Je les regarde. Vivre. J’ai face à moi un empilement de boites à chaussure en carton détournées de leur fonction première. contenir des chaussures. sans vie. Là, elle ont été empilées. Ça c’est normal. Mais dans chacune d’elle on a percé une petite fenêtre refermée avec du plastique transparent mis une petite ampoule de lampe de poche allumée quelques feuilles de salades et des blattes. Oui. Chacune dans sa boîte. Et je les regarde. Kafkaïen...
Elles vivent chacune dans leur boite comme si c’était un monde qu’elles investissaient maîtrisaient qu’elles étaient seules au monde.
Je peux décider de leur futur mais elles n’en n’ont pas conscience. Elles vivent. Elles vivent et je les regarde. La lumière s’allume parfois. Ou s’éteint. Je ne peux pas les toucher. Je suis sur le balcon. De mon appartement. Je suis un dieu qui a conscience de la plénitude du monde. Eux non.

Face immeuble. Haut gauche.

Une femme est assise sur son canapé. Un ordinateur portable sur les genoux. Elle vit. Que peut-elle faire ? Regarder ses compte. ses emails. Regarder une vidéo. Jouer. N’a-t-elle pas conscience que la terre tourne ? Que le temps avance ? Comment peut-elle perdre son temps ainsi ?
De temps à autre elle porte un verre à ses lèvres. Elle boit. sûrement.

Face immeuble. Haut droite.

Un couple dîne. Ils discutent. Apparemment. L’un des deux se lève et va chercher quelque chose. Dans la cuisine sûrement. Revient. Puis l’autre. Même manège.

Face immeuble. Milieu gauche et droite.

Les volets sont fermé. Où sont-ils ? Sont-ils sortis ? Dorment-ils ? Font-ils l’amour ? Est-ce le même appartement ? Peut-être ont-ils conscience eux du drame qui se noue dans le monde habité. Ils ne veulent pas que je joue avec eux. Je suis déçu. Déçu de ne pas être le seul dieu. De ne pas avoir une paire de petits bonshommes de plomb en plus. Qu’il échappent à ma volonté. mon regard. ma main.

Face immeuble. Bas.

Une famille. Les enfants sont devant la télévision. Ne savent-ils pas pourtant que c’est par là qu’arrive l’inconscience ? Lui est dans la cuisine. Il prépare le dîner ou fait la vaisselle. Elle est devant un ordinateur. Peut-être qu’elle prépare les prochaines vacances. Ou qu’elle compte péniblement les quelques sous qui restent. Pourquoi restent-t-ils là dans cette ville ? Quelles attaches peuvent-ils y avoir ?

23 heures.

Dans les cartons les lumières s’éteignent les unes après les autres. Sans que je n’ai rien demandé. J’ai créé leurs vie et elles m’échappent. Comme dieu je dois faire des progrès. Je ne peux que regarder les lignes parallèles de leurs vie qui se côtoient et ne se croisent jamais. Un ensemble d’individualisme.
J’aimerais savoir les pensées qui les habitent. Leurs envies. Leurs croyances. leurs inquiétudes. leurs peurs.

Savoir si. J’ai. les mêmes. Savoir qu’un dieu. Je ne suis. Pas. Pour avancer.

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