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face sans immeuble

lundi 28 avril 2014, par matthieu guérin

Les deux pieds à plat sur le sol. bien ancrés. Les bras le long du corps. tête baissée j’écoute. La nuit. J’essaie d’entendre. d’écouter tous les bruits. sons que je perçois. Oublier mon corps. Ne faire qu’un. avec le monde qui m’entoure. Ce n’est pas si souvent que j’ai le temps de faire ça. l’envie. La possibilité. capacité.
La nuit est tombée depuis un moment et le noir est profond. rien qui ne perturbe l’œil et par conséquence l’oreille. Elle est toute à l’écoute de la nature sans l’homme. je crois.

Derrière moi dans la maison ma femme est mes enfants se préparent à aller dormir. La soirée a été calme et joyeuse. une soirée de vacances en famille. Chaque fois pourtant j’ai besoin de quelques instants pour m’isoler. du silence. De retrouver la marche du temps. universel. Même si c’est pompeux.

Autour de moi chaque élément naturel produit son propre son audible ou non. Selon qu’on y prête attention ou pas. dans la mesure ou il produit ce son dans le spectre sonore audible évidemment. Bref c’est tout sauf silencieux.

Je subis. Alors. Pas moyen d’être un dieu. Ici.

Quelque chose me manque. Mes blattes. peut-être.

Impossible de ressentir plus la rotondité de la terre qu’ici. Impossible de ressentir plus le temps qui file qu’ici. Impossible de percevoir mieux la place minuscule que nous occupons dans l’acceptation d’un univers global que je peux voir en ouvrant les yeux et en levant la tête pour positionner mon visage face à un ciel charbonneux semé de cristaux qui quand on sait leur taille nous fait revoir la nôtre.

Où donc est mon sentiment de puissance de compréhension du tout qui m’habite sur le balcon de mon appartement face à mes blattes ? Pourquoi je ne me sens point dieu. Ici ?

Mon corps est l’animal le plus volumineux de l’environnement immédiat. C’est le plus silencieux. aussi. Dans cette nature il n’y a rien. C’est ce qu’on dit souvent À la campagne il n’y a rien. Pourtant l’espace sonore fait un tout. une globalité qui n’a pas besoin de mon corps. Moins encore de mon existence. Elle ne ferait qu’entamer ce tout. L’amoindrir. Je ne peux y participer.
Malgré ma volonté de domination je ne peux que feindre l’humilité. Ici.

Je subis. C’est rageant. Les larmes me viendraient presque. Je ne peux donc exister que dans l’artificialité de la ville. N’être dieu qu’au milieu des hommes. en acceptant qu’eux aussi le soient lorsque je n’y pense plus et qu’à leur tour sur leur balcon ils me regardent dans mon intérieur.

Mes blattes me manquent. J’ai besoin d’elles pour exister. Et je ne veux surtout pas y penser. Penser que j’ai besoin d’elles.
Je veux les regarder et me sentir dieu sans y penser. ne pas l’exercer non plus. Pour ne pas faire fuir l’idée. Vivre avec me suffit. M’extrait. de moi.

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