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Transport commun (#4.b)

mercredi 28 mai 2014, par matthieu guérin

1.

Jusqu’ici tout va bien. L’heure avance doucement. Après les cinq minutes réglementaires de bavardage le cours est lancé et les élèves travaillent. Un peu. Ou dérivent dans leur imagination. Ils sont calmes en tout cas.

Ils écrivent. Lèvent la main. L’appellent. Passent au tableau. Tout est normal. Pour un cours.

2.

Des cris. Dans le couloir. Des appels qui viennent d’une salle plus loin dans le couloir. Rien d’alarmant mais elle se dirige tout de même vers la porte. Elle enjambe les sacs. Passe entre les tables et les élèves qui n’ont rien remarqué. L’ouvre.

Elle le voit passer. lui. Encore.

Tête baissée air renfrogné. Et les cris continuent. Ils viennent de son collègue qui devait être en cours avec lui. Il appelle. Menace de sanction. Puis se tait vaincu par l’absence de réponse. la résistance.

3.

Il ne se retourne pas. Ne lui a même pas jeté un coup d’œil. Il passe la porte et descend l’escalier. le dos un peu voûté le visage fermé.

4.

Quelques secondes et la scène est jouée. Elle n’a rien pu faire. Elle referme la porte. Elle a l’impression de n’avoir été qu’une curieuse. De n’avoir pas été à sa place. De n’avoir pas fait. Comme il fallait. Ce qu’elle aurait dû. Faire. Encore.

5.

Elle sait qu’il va aller s’asseoir sur le banc un peu plus loin dans la rue du lycée. Peut-être qu’elle le verra tout à l’heure. Elle l’imagine. Elle sait qu’elle lui parlera cette fois. elle l’imagine.

6.

Dans la salle les élèves recommencent à bavarder. Ils ont fini leur travail. Elle doit changer d’activité sinon ils vont s’ennuyer. Dans le meilleur des cas. Chahuter. Crier. Elle ne veut pas de cris. L’attention qu’ils peuvent porter à une tâche est brève. Elle reste devant le tableau. statique. Et elle parle fort. Pour fixer leur attention. Remplir leurs oreilles. Leur esprit. Qu’ils ne fassent rien d’autre. Leur faire une pause en fait.

C’est difficile. Il reste quinze minutes de cours. Quinze minutes qui peuvent déraper à tout moment.

7.

Quand la sonnerie retentit elle ne sait qui des élèves ou d’elle est le plus soulagé. Elle sent la tension qui se relâche dans la salle. La leur. La sienne.

Ils s’égayent joyeusement dans le couloir en direction de leur prochain cours. Elle. Elle reste assise à son bureau le regard fixe concentré déjà sur le cours suivant. Elle rassemble ses forces son courage. Elle doit. Tenir.

8.

Aucun d’eux ne sait que la terreur du professeur est au moins équivalente à celle des élèves. Plus encore. Eux n’ont qu’une révolte. Un cris en eux qui demande à sortir. Contre leur enfermement. Leur échec. Ou une lassitude un ennui. Peu ont peur. Peur de cette solitude face au groupe. Peur de la remise en question continuelle. De la justification à donner. Peur. d’être inutile.

9.

Quand ils entrent elle n’arrive qu’à afficher un sourire crispé et à dire bonjour entre ses dents à peine desserrées.

Ils s’installent et le temps recommence. Bavardage. Travail. Bavardage. Mains levées. Questions réponses. Et l’attente. De la sonnerie.

10.

Elle n’arrive pas à s’extraire de la spirale. Elle tombe. elle a l’impression qu’elle tombe. Et elle a peur. Peur d’entraîner les élèves dans sa chute. Peur de ne plus être capable. Peur. d’elle.

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