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Transport commun (#5.a)

mercredi 11 juin 2014, par matthieu guérin

1.

Il sort du lycée et se retrouve dans la rue. Personne ne l’a arrêté. D’ailleurs il n’a croisé personne.

Au contact de l’air frais il se calme un peu. Il file tout droit s’asseoir sur le banc à une centaine de mètre du lycée.

Il s’assoit et reste là.

2.

Il pense à elle. Il sait qu’elle comprend elle. Et qu’à la fin de la journée elle va passer devant lui. En vélo. Comme tous les jours. Un petit signe de tête. Une connivence entre eux.

3.

Autour de lui la ville est calme. Les gens sont partis travailler et l’agitation de l’heure de pointe n’est plus là. Les voitures qui passent devant lui sont désormais rares. Quelques camionnettes blanches. Quelques piétons aussi. Un homme qui promène son chien d’un pas nonchalant cherchant à occuper son temps. Une vieille femme qui passe avec son caddie pour aller faire quelque course. Démarche hésitante. Elle s’écarte un peu en passant près de lui. Il ne sait pas si c’est pour ne pas le déranger ou parce qu’elle a un peu peur.

Un peu plus loin il y a un parc avec des jeux pour enfants. Dès neuf heure les assistantes maternelles viennent s’installer avec les enfants dont elles ont la charge pour la journée. Ça fait un peu de vie autour de lui. Les jeux les rires. Les cris joyeux ou les pleurs. Ils descendent inlassablement le toboggan jouent au ballon ou avec un bâton ramassé par terre. Ils crient lorsqu’un autre le prend les poussent. Ça le distrait. Le calme aussi. Il voit la vie. Insouciante. Pourtant il voudrait du silence. Pour réfléchir.

4.

L’immobilité lui pèse pourtant. Des crampes lui viennent dans les jambes les fesses à force de rester assis sur le banc. Les lattes de bois s’incrustent dans son dos. Il se lève. Se rassoit. Il ne sait plus trop quoi faire de son corps. Il croise les jambes les décroise. Ça le tire dans les muscles.

C’est bientôt l’heure du déjeuner. Il n’ira pas à la cantine. Il ne veut voir personne. Il ira à la boulangerie s’acheter un sandwich. Mais un peu avant midi pour ne pas croiser les autres lycéens. Il ne veut pas parler. expliquer.

5.

Il n’ose pas bouger de son banc pour ne pas la louper. Il veut la voir. Juste la voir passer.

Pourtant depuis quelques temps il aimerait qu’elle s’arrête. Pas lui parler. Il ne saurait pas. Ou pas bien. Juste voir qu’elle s’inquiète de lui. Que quelqu’un s’inquiète.

Alors il reste sur son banc. Attendant que la journée passe. Il regarde sur son téléphone les heures qui s’enchaînent. Il l’attend. Il s’en rend compte maintenant. Il n’attend pas. Il l’attend.

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