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Transport commun (#6.a)

mercredi 25 juin 2014

1.

Il a attendu toute la journée. Les heures se sont écoulés. lentement. Il a eu froid. aussi. Mais il n’a pas bougé. De son banc. Rue de la Paix. Il vérifie encore une fois sur son téléphone. La dernière sonnerie a dû retentir maintenant. Les minutes passent et l’attente se fait plus impatiente. Elle va passer. Elle doit. C’est obligé. C’est sur son chemin. Chaque jour. Il ne peut pas l’avoir loupé. Il n’a pas cessé de regarder. Pour ne pas la manquer. Parce qu’il ne connaît pas ses horaires.

Il bouge un peu sur son banc. Ses muscles sont ankylosés. Il a froid. Encore plus que dans la journée. Le jour tombe déjà. Il n’ose même pas se lever. Comme s’il allait perdre sa place. Comme dans le bus. Ne pas bouger. Et regarder la rue d’où elle va venir. forcément. Avec le noir qui s’installe il ne veut pas quitter la rue des yeux. Il veut la voir.

2.

C’est d’abord juste une forme. Il sait cependant que ça ne peut être qu’elle. Par déduction. Ça n’est pas un piéton. Pas une voiture. Pas un scooter d’élève. Ils sont déjà tous sortis. Très vite après la sonnerie. Ils n’ont aucune envie de traîner au lycée. Pas leur truc ça. Ils vont plus loin pour discuter. Elle il sait qu’elle sort toujours un peu après. Elle prend sont temps. Il ne sait pas si c’est parce qu’elle aime le lycée. Ou pour ne pas croiser d’élève sur son chemin. Il ne sait pas.

La forme avance et il arrive désormais à distinguer que c’est un cycliste. C’est elle. Ça ne peut être qu’elle. Il n’y a qu’elle qui vient en vélo au lycée.

3.

Il la regarde passer chaque soir. Chaque soir elle lui fait un petit signe de la main. Ce n’est rien mais ça le réconforte. Elle lui sourit. C’est la seule à lui sourire.

Ce soir il sent que la trajectoire du vélo n’est pas la même. Il entend le frottement des freins sur les jantes.

Elle s’arrête. Elle s’arrête à sa hauteur. Elle met un pied à terre. Elle va parler. Lui parler.

4.

D’abord juste un mot. Ça va.

Puis plusieurs. Des phrases. Beaucoup. Beaucoup plus que ce qu’il ne peut comprendre. Pour la première fois il ne panique pas. Il ne comprend pas mais ça ne fait rien. C’est doux dans son oreille. Pas agressif comme en cours tout à l’heure. Ce matin. Ou comme les bruit de la ville qu’il a encaissés toute la journée. Tout ça n’était qu’un brouhaha indistinct. Là. Non. Il ne comprend pas plus pourtant. Mais il n’a pas envie de fuir.

5.

Le silence. C’est à lui de parler. Dans le déroulement normal d’une conversation lorsque le premier interlocuteur à avoir parlé laisse un silence l’autre doit répondre. C’est à lui. De parler. Alors il rassemble ses mots. Ceux qu’il a appris pour dire qu’il ne sait pas. Qu’il n’a pas compris. tout.

6.

Répéter. Il lui demande. Doucement.

Il ne baisse pas la tête cette fois.

7.

Alors elle recommence. Encore. Doucement. Avec d’autres mots. La même histoire. Elle veut le voir. Mais pas au lycée.

8.

Il a compris. Le rendez-vous. Elle veut l’aider.

Elle s’en va.

9.

Il sort une feuille et un stylo pour écrire. Vite. Écrire avant d’oublier les mots. L’heure la date le lieu.

Il peut rentrer chez lui maintenant. Chez lui. Il sourit. Il n’a plus froid. Il se dirige vers le bus.

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