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Il, et le père (#4)

vendredi 8 novembre 2013, par matthieu guérin

Il est dans l’escalier. S’enfonce un peu plus dans le sol.

Il n’utilise que très rarement l’escalier mécanique. Il n’aime pas sa lenteur et le monde qui l’emprunte. Et puis lui revient sans cesse cette scène de La Haine où Moussa compare l’homme qui passe avec ses sacs du supermarché sur un escalier mécanique à celui qui se laisse porter par le système. Le regard de cet homme. Il ne veut pas, lui, se laisser porter par le système. Il ne veut pas de ce regard. mort.

Devant lui une femme en robe d’été descend tranquillement en faisant claquer ses sandales à talons hauts sur chacune des marches. Les cuisses serrées et légèrement en biais. les genoux fléchis. le buste droit. son mouvement est élégant. Il doit lui demander un effort musculaire important pour ne pas tomber mais malgré la perspective de plusieurs escaliers elle a dédaigné l’escalier mécanique pourtant très proche. comme si elle prenait plaisir dans cet instant. Il ralentit sa descente pour l’observer. l’écouter. Le bruit au rythme lent des talons de la femme est presque agréable dans le brouhaha ambiant.
Il est pressé. il la dépasse finalement.

Quand il débouche sur le quai, une rame de la ligne 14 entre dans la station, elle-aussi. Il remarque que le bruit produit par la rame est différent de celui de la ligne précédente. L’instant suivant, il suppose que la forme de la rame et le type de roues utilisées y sont pour quelque chose. L’instant d’encore après il se dit que pourtant le bruit du métro est toujours reconnaissable.

Il monte.

Le rythme. il connaît. C’est le rythme qui est le même. Celui des roues qui passent sur la jonction entre deux rails, toujours un peu écartées. Il reconnaît le bruit du métro parce qu’il n’est pas au même rythme que celui des trains.

Il reste debout, cette fois. Il tient la barre centrale et sent les vibrations de la machine. Il écoute le rythme. Il repense à quand il prenait le métro régulièrement. pour aller au musée. Il aimait bien. Il n’y est jamais retourné. En fait il repense à ce musée à chaque fois qu’il reprend le métro. à ce qu’il aurait pu voir. Ce qu’il a vu lui a fait un peu peur.

Les stations défilent et les voyageurs montent ou descendent sans qu’il ne les voit vraiment. Maintenant son épaule est appuyée contre la barre. les secousses et les vibrations le traversent. son oreille ne perçoit plus que les saccades de la mécanique. La rame descend un peu plus profond dans le sol. Il peut continuer sa lecture, maintenant. Il ne relèvera les yeux qu’une fois arrivé à destination.

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