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Il est sorti

dimanche 1er décembre 2013, par matthieu guérin

Il est sorti.
Ensuite il a marché. Sur le trottoir, d’abord.
Il a tourné au coin de la rue.
Ensuite il a marché. il a marché. Il ne sait pas combien de temps sur quelle distance.
Il a encore tourné. De l’autre côté cette fois.
Ensuite il a marché.
Il a croisé une femme. Ses talons résonnaient sur l’asphalte. 90 bpm.
Elle tenait un parapluie. Ouvert. au dessus d’elle. Il pleuvait. Il ne s’en était pas aperçu.
Elle n’a pas pu se retenir. En le voyant, imperceptiblement elle a pressé le pas. 120 bpm.
Il faisait froid aussi.
Ensuite il a marché encore.
Il était fatigué.
Ses pieds butaient régulièrement sur le sol pourtant lisse manquant de le faire tomber.
Il a sorti son paquet de tabac. Il a roulé une cigarette avec ses doigts froids. tordue.
Il l’a portée à sa bouche le papier a collé à ses lèvres. Il a voulu la retirer un morceau de papier est resté collé. Du tabac est venu dans sa bouche. Il a craché.
Ensuite il a marché.
Plus sur le trottoir.
Le sol tanguait un peu. Ses yeux avaient du mal à s’habituer lorsqu’ils faisaient le va et vient entre le sol devant ses pieds et le sol plus loin. cotonneux. Fatigué.
Ensuite il a continué à marcher.
Il a réussi à allumer sa cigarette, en marchant.
Il a failli tomber, à nouveau.
Un peu plus loin un homme. Debout au bord du trottoir. qui le regardait. Immobile presque. Il se balançait très lentement d’une jambe sur l’autre. 30 bpm. Ou peut-être était-ce lui qui oscillait.
Quand il n’était plus qu’à quelques mètres il a vu le chien qui urinait sur la roue de la voiture stationnée. Fini. Parti en trottinant, l’ignorant. L’homme l’a suivi. Il a tout de même tourné la tête vers lui l’oeil soupçonneux.
Il les a suivi quelques instants mais ils allaient trop vite.
Ensuite il a marché. tout droit. Loin. Il pense qu’il est allé loin parce qu’il pense que ça a duré longtemps.
Pendant longtemps il n’a vu personne.
D’abord il a fermé les yeux à cause des phares qui l’ont ébloui.
Puis il a entendu le klaxon qui hurlait, loin puis plus près. près. Et loin à nouveau.
Il a perdu l’équilibre et il est tombé à genoux. Il a vu la peinture blanche entre ses deux mains posées sur le sol. Au milieu de la chaussée.
Il s’est relevé. Il avait chaud. Le sang dans ses veines. 120 bpm.
Ensuite il a marché.
Il a repensé à la soirée qu’il avait passé. Il ne se souvenait pas très bien. Il a bu. apparemment. Cela expliquerait la fatigue et les oscillations. Ses pieds qui butaient dans le sol. l’irrégularité.
Il a tourné, encore.
Ensuite il a marché.
Au coin d’une rue trois jeunes gens bonnets au raz des yeux, les mains enfoncées dans les poches de leur doudoune l’ont regardé passer silencieusement. C’est lui qui a eu peur soudain. Il a voulu accélérer. Rien d’autre.
Ensuite il a marché en se concentrant sur le trottoir. Il n’a pensé à rien d’autre. Les secousses de ses pieds frappant le sol remontaient dans ses genoux, dans ses hanches, secouaient son ventre, ses joues et brouillaient sa vue ; son cerveau n’arrivait pas à compenser. 60 bpm.
Il a réussi à rester debout. conserver le rythme.
Il est rentré.
Le silence dans la pièce noire.
Rien n’avait bougé. Ça l’a rassuré.

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