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Transport commun (#3.a)

jeudi 23 janvier 2014, par matthieu guérin

1.

Il n’a qu’à poser le pied sur le passage piéton et à se couler dans le flot. descendre le boulevard de la Liberté. S’il traverse la rue avec tout le monde il devra marcher vite comme eux. Se presser vers son but. Il n’a pas envie et il n’y a rien d’autre à faire cependant. Aller au lycée. Être en retard. Ne pas savoir expliquer. Ou mal. Les surveillants qui font semblant d’être fâchés parce que c’est leur travail. Attendre l’heure suivante. Ça ne le dérangerait pas s’il n’y avait pas les autres. Les autres élèves. Ceux qui font exprès d’être en retard pour sécher les cours tout en étant présents au lycée. Ceux-là ils font du bruit. Ils s’agitent et parlent fort. Ils se croient forts.

2.

Avec le jour la neige a fondu. Elle salit tout. Les jantes et le bas des portières des voitures. Le bas des pantalons et des jupes. Les chaussures. Gris sale.

En passant les voitures projettent de fines gouttelettes sur tout ce qui est trop près du bord du trottoir. Les pneus en roulant produisent un crissement qui n’est pas celui de la chaussée mouillée par la pluie. Il est plus grave sans pour autant être identique à celui de la chaussée sèche. C’est lourd et visqueux. Désagréable pour les tympans.

3.

Il doit y aller. Lancer sa jambe et poser son pied devant lui. Écraser la semelle de sa basket sur la chaussée avec un bruit semblable à celui des pneus des voitures. Avec les mêmes petites projections sur les côtés. Il faut marcher avec les jambes légèrement plus écartées que par temps sec pour ne pas salir son pantalon.

4.

Il est sur l’autre trottoir. Il commence sa descente et au fur et à mesure la foule s’éclaircit sans qu’il sache exactement où vont les gens autour de lui. comment ils disparaissent. À sa gauche les voitures forment une file ininterrompue les pare-chocs près de se toucher. Les moteurs ronronnent tous sur une note différente mais produisent le même gaz qui prend la gorge.

Il allonge le pas pour accélérer. Son sac se soulève légèrement à chaque pas et vient taper son dos au niveau des reins lorsqu’il redescend. Les bretelles glissent sur sa doudoune et il doit les remettre régulièrement. Ça l’agace. Avec l’effort il transpire encore. Ou peut-être est-ce un peu d’inquiétude.

Dans sa tête il essaie de préparer ce qu’il va dire. Pas la raison, mais comment. Les phrases. La phrase.

5.

Il est devant le lycée. fermé. Encore.

Il ne sonne pas à l’interphone pour aller attendre à l’intérieur. Il ne veut pas supporter les autres pendant les quarante minutes qui restent jusqu’à l’heure de cours suivante. Tant pis s’il n’utilise pas la phrase qu’il a préparée.

Il dépasse le lycée la tête baissée sous sa capuche comme s’il ne voulait pas être reconnu. Il va un peu plus loin. entre les immeubles. Il sait qu’il y a un petit parc. quelques bancs. Il pourra s’asseoir. Dans la ville. Seul.

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